Récits curieuxLE TEMPS D’UNE HISTOIRE
AventureTrois contrôles, deux jours et une porte qui trompe les regards

La balise de l’arche fendue

Mara, Joss et Nadir s’élancent dans une épreuve d’orientation sur le plateau désertique de Sarn. Une arche semble les attendre au bout du mauvais chemin. Pour trouver les trois balises et rentrer dans les temps, leur équipe devra changer de route et de meneur.

Texte créé et révisé avec l’intelligence artificielle. Notre démarche

Les chapitres de cette histoire
  1. 1. Trois noms sur une bande rouge
  2. 2. Le premier trou dans la carte
  3. 3. La porte sans marque
  4. 4. Le chemin du bas
  5. 5. La course d’il y a cinq ans
  6. 6. Le versant qu’ils n’avaient pas vu
  7. 7. L’arche dans l’arche
  8. 8. La dent et les cailloux
  9. 9. Les derniers huit kilomètres
  10. 10. Troisièmes, et affamés

1. Trois noms sur une bande rouge

Joss avait promis un désert silencieux. À huit heures du matin, Mara entendait surtout un groupe électrogène, quelqu’un qui cherchait une chaussure et Nadir qui accusait une fermeture éclair de mauvaise volonté. Le soleil dépassait la crête de Sarn. Entre les tentes, les six équipes terminaient de préparer leurs sacs pour le Tour des Trois Portes.

Le plateau s’étendait au nord du camp de départ. Une grande table rocheuse le divisait presque en deux, avec une falaise à l’ouest et des vallons plus ouverts à l’est. Trois contrôles étaient dispersés autour : le Puits Sec, l’Arche Fendue, la Dent Rouge. Il fallait les rejoindre dans l’ordre choisi, faire marquer le carnet de l’équipe, passer la nuit au camp intermédiaire et revenir avant dix-huit heures le lendemain. Les zones autorisées, les itinéraires de repli et les rendez-vous avec l’organisation figuraient sur la carte.

Mara relut les noms pendant que Joss serrait les sangles. Elle travaillait dans un atelier de décors et avait passé dix semaines à préparer cette marche avec lui et Nadir. Elle connaissait leurs pas sur les sentiers près de chez eux. Le sable clair qui entrait déjà dans ses chaussures transformait cependant cette expérience en quelque chose de neuf.

Nadir, vingt-huit ans, bibliothécaire et coureur du dimanche, tendit enfin son sac fermé à Joss.

— Si tu l’ouvres encore pour vérifier, tu le portes.

— Je vérifiais seulement les vivres.

— Tu as mangé une barre.

— J’en ai contrôlé la qualité.

L’organisatrice, Éline, les réunit une dernière fois. Les points d’eau étaient au départ, au Puits Sec et au camp intermédiaire ; la seconde journée demanderait de partir avec les réserves prévues au briefing. Le camp de nuit devait être rejoint avant dix-huit heures. Les balises du jeu, rouges et blanches, ne servaient pas à tracer un chemin continu. Chacun gardait son dispositif d’appel pour l’organisation, utilisable en cas de besoin. Les équipes devaient rester ensemble.

Une femme aux cheveux très courts passa près d’eux avec son partenaire. Elle salua Mara, puis regarda Joss.

— Tu as apporté une carte, cette fois ?

— Et toi, une conversation agréable ?

La femme sourit et rejoignit la ligne de départ. Joss expliqua qu’elle s’appelait Vika. Ils avaient déjà participé ensemble à une épreuve, longtemps auparavant. Mara attendit la suite ; il vérifia une boucle de son sac.

Éline noua une bande rouge portant leurs trois prénoms autour du carnet de contrôle. Joss le prit, puis le tendit à Mara.

— Tu nous empêcheras de le perdre.

Elle le glissa dans sa poche. À huit heures trente, ils partirent vers le Puits Sec, avec une ombre immense devant eux et deux jours encore intacts.

2. Le premier trou dans la carte

Les premiers kilomètres traversaient une plaine caillouteuse. Le terrain montait à peine, mais chaque petite bosse dissimulait la suivante. Mara avait imaginé voir loin dans le désert. Elle voyait surtout les talons de Joss, qui avançait déjà trop vite, et Nadir qui cherchait un rythme entre leurs deux souffles.

Au bout d’une heure, ils s’arrêtèrent près d’un muret effondré. Joss montra une échancrure dans la crête. En la franchissant, ils rejoindraient le vallon du Puits Sec. La carte confirmait le passage. Mara but quelques gorgées, répartit les vivres accessibles et demanda que chacun annonce avant d’accélérer. Joss répondit qu’il n’accélérait pas. Nadir leva un sourcil et mâcha bruyamment sa barre.

Ils atteignirent le Puits Sec vers onze heures trente. Huit kilomètres, un premier contrôle et un nom trompeur : le vieux puits était condamné, mais un véhicule de l’organisation apportait l’eau prévue. Sous une toile, un bénévole vérifia leur présence et marqua le carnet. Mara observa les autres équipes. Deux étaient déjà reparties. Vika et son partenaire consultaient leur carte à l’écart.

Joss aperçut leur direction et replia aussitôt la sienne.

— Ils prennent le passage du nord. C’est ce qu’on avait prévu.

— On avait prévu de regarder avant de partir, dit Mara.

Il lui montra la grande table rocheuse. Leur projet était d’en contourner le bord nord pour chercher l’Arche Fendue sur le versant oriental, puis de redescendre au camp intermédiaire, installé au pied sud de la table. La Dent Rouge, plus au sud-est, resterait pour le lendemain. Sur le papier, cela leur donnait une première journée exigeante et un retour plus court.

Nadir demanda combien de temps prendrait le détour du nord. Joss répondit par une distance, puis une estimation. Mara nota le moment où ils devraient renoncer à chercher l’arche pour gagner le camp de nuit. Elle n’aimait pas encore cette idée, mais voulait l’avoir prévue avant la fatigue.

Vika passa près d’eux avec un morceau de tissu rouge dépassant de sa poche. Joss le regarda et demanda où elle allait. Elle répondit :

— Là où le chemin passe. Ça nous change de ta méthode.

Son partenaire éclata de rire. Joss partit avant que Mara eût fini de fermer son sac. Elle dut le rappeler. Il s’arrêta, la mâchoire serrée.

— Tu vas courir contre elle pendant deux jours ? demanda-t-elle.

— Je marche.

— Alors marche avec nous.

Il attendit. Au-dessus du vallon, la chaleur commençait à faire trembler les contours des pierres.

3. La porte sans marque

Le chemin se divisait au pied d’une longue barre rocheuse. La branche de droite remontait vers le nord, celle de gauche contournait un renflement à l’ouest. Les traces de Vika semblaient partir à gauche. Joss affirma qu’il devait exister une jonction plus haut ; le relief cachait probablement le passage indiqué sur la carte.

Ils le suivirent pendant vingt minutes, puis le sol se redressa. Un portique de pierre apparut entre deux piliers clairs. De loin, il ressemblait au dessin de l’Arche Fendue dans leur carnet. Mara sortit la page plastifiée. L’illustration montrait deux masses qui semblaient se rejoindre en hauteur, une fissure sombre et une pierre basse à leur pied.

— On y est, dit Joss.

Nadir regarda l’orientation de la carte.

— On est encore à l’ouest.

— Le dessin est peut-être pris de l’autre côté.

Ils atteignirent le portique par une pente praticable, en passant entre des blocs. Aucune balise rouge et blanche n’était visible. Joss fit le tour du premier pilier, chercha derrière la pierre basse, revint sur leurs pas. Mara examina l’autre côté. Le passage se terminait contre une paroi inclinée ; poursuivre vers le nord demanderait de quitter les itinéraires de marche de l’épreuve. Il faudrait revenir à la bifurcation.

Joss jura. Il montra une petite attache métallique ancienne dans la roche.

— Il y avait quelque chose ici.

— Peut-être, répondit Nadir. Mais je ne vois pas la fissure du dessin.

Il avait raison : le portique s’ouvrait largement. La marque sombre aperçue de loin était une ombre dans un creux, sans traverser la masse de pierre. Joss n’écoutait plus. Il parlait du tissu rouge dans la poche de Vika, de sa plaisanterie au départ, de l’avance qu’elle aurait maintenant. Mara lui prit le carnet des mains et le posa à plat sur un rocher.

— Regarde ça. Pas sa poche. Ça.

La légende indiquait une vue depuis l’est. Ils étaient arrivés par l’ouest d’une formation située elle-même à l’ouest de la grande table. Pour retrouver le bon versant, il leur manquait tout le contournement nord. Une ressemblance avait raccourci le trajet dans leur tête.

Joss s’assit. Son visage était rouge de chaleur et de colère. Mara consulta l’heure : quatorze heures dix. Ils pouvaient revenir à la bifurcation, puis rejoindre le camp intermédiaire par le sentier qui longeait le pied ouest de la table. Aller chercher l’arche maintenant compromettrait l’arrivée avant la fermeture du contrôle du soir.

Elle replia la carte et se remit debout.

— On descend. Nadir devant. Tu prends le dernier sac cinq minutes, Joss, j’ai besoin de refaire ma sangle.

Il se leva sans répondre. Quand ils repassèrent sous le portique, l’ombre avait bougé. L’arche du dessin venait de disparaître sans que personne eût touché à la pierre.

4. Le chemin du bas

Le retour à la bifurcation leur prit moins de temps que Mara ne l’avait redouté. La déception occupait beaucoup d’espace, mais elle ne ralentissait pas les jambes autant que l’incertitude. Nadir avançait régulièrement. Joss portait le sac de Mara en plus du sien sur une courte portion, le temps qu’elle réajuste les attaches, puis le lui rendit sans commentaire.

Ils suivirent le sentier du bas, au pied de la table. Le sol changeait sans cesse : dalles lisses, gravier, bandes de sable où chaque pas semblait revenir en arrière. À un endroit, l’itinéraire passait dans un couloir de roche assez étroit pour qu’ils avancent l’un derrière l’autre. Mara entendait son sac frotter contre la paroi.

Nadir s’arrêta devant une marche plus haute. Il posa son sac, chercha où mettre les pieds et passa, puis aida à faire suivre les sacs. Joss avait déjà commencé à proposer un autre mouvement. Mara lui tendit simplement une sangle. Occupées à porter quelque chose, ses mains cessèrent de dessiner des solutions dans l’air.

De l’autre côté du couloir, un souffle plus frais les accueillit. Le camp intermédiaire restait invisible, mais le vallon s’ouvrait vers le sud. Ils trouvèrent un petit emplacement à l’ombre pour manger. Joss sortit sa nourriture et découvrit qu’il avait écrasé une galette contre le fond de son sac.

— Voilà ce que ça donne de porter les affaires des autres, dit-il.

— Tu l’avais déjà écrasée au départ, répondit Nadir. Je l’ai entendue craquer quand tu as voulu gagner deux centimètres.

Mara rit malgré elle. Joss regarda les miettes, puis se mit à rire aussi. Il les mangea avec le sérieux d’un homme qui refusait de laisser le désert remporter une deuxième victoire.

Ils aperçurent les toiles du camp à seize heures cinquante. Un bénévole les salua depuis une réserve d’eau. Leur arrivée fut enregistrée, leurs réserves complétées pour le soir ; le ravitaillement du lendemain serait préparé avant le départ. Mara retira ses chaussures et découvrit une quantité de sable qu’elle aurait cru impossible à transporter sans le remarquer.

Vika était déjà là. Son partenaire réparait une boucle de sac. Elle tenait le morceau de tissu rouge vu au Puits Sec : une manche déchirée de sa propre chemise, dont elle se servait pour protéger une zone abîmée sur la bretelle. Elle leva les yeux vers Joss.

— Vous avez trouvé la porte à l’ouest ?

Il s’arrêta. Mara vit le moment exact où il comprit qu’elle avait reconnu leur erreur avant même de savoir jusqu’où ils étaient allés.

5. La course d’il y a cinq ans

Vika n’était pas allée vers l’Arche Fendue. Après le Puits Sec, son équipe avait choisi de rejoindre tôt le camp intermédiaire, puis de garder les deux autres contrôles pour le lendemain. Elle connaissait la bifurcation, avait suivi la branche ouest sur une courte distance avant de prendre le sentier du bas. Joss avait seulement vu le début de son trajet et décidé du reste.

— Tu pouvais nous prévenir, dit-il.

— De quoi ? Tu ne m’as pas dit que tu me suivais.

Mara déposa trois bols près du réchaud collectif. Elle aurait aimé laisser cette conversation aux deux personnes qui avaient commencé à se détester avant le départ, mais le lendemain lui demanderait de marcher avec l’une d’elles. Elle s’assit.

— Il s’est passé quoi, il y a cinq ans ?

Joss regarda Vika. Elle haussa les épaules, lui laissant la réponse. Ils avaient participé à une course d’orientation plus courte. Joss avait mal lu une indication, refusé de revenir en arrière puis accusé Vika de l’avoir ralenti lorsqu’ils avaient dépassé le temps limite. Après cela, elle avait cessé de s’inscrire avec lui. Il avait raconté à ses amis qu’ils n’avaient pas la même manière de gérer l’effort.

— C’était une formulation généreuse pour toi, observa Nadir.

Joss prit son bol et souffla dessus. Il finit par reconnaître qu’il avait surtout voulu prouver quelque chose cette année. À Vika, à lui-même, peut-être à ses deux amis qui l’avaient cru expérimenté. Mara se rappela ses récits de préparation, toujours pleins de raccourcis trouvés à temps et de mauvaises décisions prises par quelqu’un d’autre.

Elle posa la carte entre eux.

— Demain, je mène jusqu’à l’arche. Nadir vérifie avec moi. Tu prends l’heure et les pauses.

— Je peux encore lire une carte.

— Alors tu nous diras ce que tu vois. Après, on décidera à trois.

Il remua son repas, puis acquiesça. Vika se leva pour rejoindre son partenaire. Au moment de partir, elle désigna une étroite selle rocheuse sur la carte. Depuis le camp, ce passage permettait de franchir le bord sud de la table, puis de remonter par les vallons orientaux. C’était plus court pour eux que de refaire tout le tour nord prévu le premier jour.

— Le chemin est indiqué, ajouta-t-elle. Il faut juste aller jusqu’à l’entrée avant de croire qu’on l’a trouvée.

Joss ouvrit la bouche, puis la referma. Il lui demanda quelle heure elle prévoyait pour partir. Cette fois, il attendit la réponse entière.

Le soir, Mara sortit de la tente. Les bruits du camp diminuaient. Au-dessus de la grande table, une bande d’étoiles traversait le ciel. Elle resta quelques minutes à regarder, jusqu’à ce que Nadir l’appelle : Joss avait réussi à coincer sa fermeture éclair dans une chaussette.

6. Le versant qu’ils n’avaient pas vu

Ils quittèrent le camp à sept heures. L’air était encore frais, leurs réserves remplies, leurs visages moins assurés et leurs gestes plus précis. Mara tenait la carte dans une pochette accessible. Nadir repérait les formes devant eux. Joss annonça la première pause avant que quelqu’un la réclame. Elle le remercia, et il eut l’air presque surpris qu’une fonction aussi modeste puisse être utile.

La selle rocheuse se trouvait au-dessus d’un long replat. De loin, elle ressemblait à trois entailles successives ; seule celle du milieu donnait accès au versant oriental. Ils prirent le temps d’atteindre le pied du relief avant de choisir. Là, un sentier marqué sur la carte tournait derrière un bloc, puis montait dans l’entaille centrale.

La pente les obligea à raccourcir leurs pas. Nadir glissa sur un gravier, posa une main et se redressa. Joss tendit la sienne sans commencer une leçon. Plus haut, le passage s’élargit. Mara atteignit la selle et s’arrêta devant un paysage entièrement nouveau : au lieu de la grande paroi qui les avait enfermés la veille, une succession de vallons descendait vers l’est, séparés par des dos de roche rouge et des bandes pâles.

L’Arche Fendue devait se trouver au nord-est, au fond du deuxième vallon. Elle n’était pas encore visible. Mara chercha les repères dessinés : un éperon isolé, un coude du sentier, une barre claire au pied de la table. Nadir les retrouva l’un après l’autre. Ils commencèrent la descente.

Vers neuf heures, ils croisèrent une autre équipe qui remontait d’un petit creux. Les deux marcheurs cherchaient eux aussi l’arche et avaient fait un détour. Ils indiquèrent un passage qu’ils venaient de vérifier, mais ne prétendirent pas avoir trouvé la balise. Mara les remercia, compara l’information à leur propre position et poursuivit.

Joss attendit qu’ils soient hors de portée pour dire :

— Hier, j’aurais suivi.

— Je sais, répondit Nadir.

La simplicité de la réponse le fit rire. Ils avaient presque retrouvé leur allure des entraînements, celle où l’on pouvait plaisanter sans utiliser la plaisanterie pour gagner la conversation.

À dix heures, deux colonnes de pierre apparurent au bout du vallon. Mara sentit son cœur accélérer avant même d’avoir confirmé le lieu. Elles se dressaient l’une derrière l’autre, proches, avec une fissure étroite entre les masses supérieures. Le soleil éclairait un bord et laissait l’autre dans l’ombre. Elle sortit le dessin du carnet.

Ils suivirent encore le fond du vallon jusqu’au repère oriental de la carte, puis se tournèrent vers les colonnes. Cette fois, Nadir n’eut pas besoin de demander de quel côté ils regardaient. La grande table fermait l’horizon derrière la formation : ils l’observaient bien depuis l’est.

7. L’arche dans l’arche

Ils avancèrent jusqu’à ce que les deux colonnes se séparent visuellement. Ce qu’ils avaient pris de loin pour une seule arche était composé de deux passages décalés : un premier, bas et large, puis un second plus étroit derrière. Depuis certains points du vallon, leurs contours se superposaient. La fissure du dessin appartenait au second passage.

Mara regarda la petite pierre basse figurant au premier plan. Elle avait imaginé qu’elle se trouvait juste devant la balise. En réalité, sa présence dans l’image indiquait l’endroit depuis lequel il fallait aligner les deux ouvertures. Elle recula de quelques pas, se déplaça vers la droite, puis vit les formes se rejoindre exactement comme sur la page.

— Là, dit-elle.

Joss suivit son regard. Au pied intérieur de la seconde arche, une languette rouge et blanche apparaissait entre la pierre et l’ombre. Ils rejoignirent l’emplacement par le passage ouvert, sans devoir grimper. Une boîte fixée à hauteur de main contenait le dispositif de marquage prévu. Mara vérifia le numéro, puis fit marquer leur carnet.

Le bruit sec du poinçon lui donna une joie disproportionnée. Elle le fit entendre une seconde fois en vérifiant le mécanisme, sans ajouter de marque. Joss éclata de rire.

— Tu peux l’emporter comme réveil ?

— Je vais l’enregistrer dans ma tête pour les jours où tu diras qu’on est presque arrivés.

Nadir les rappela à l’heure. Il était dix heures quinze. Ils avaient parcouru environ huit kilomètres depuis le camp, détour compris. La Dent Rouge se trouvait à cinq kilomètres au sud-est. Ensuite, huit kilomètres de terrain progressivement plus ouvert les ramèneraient au départ. Ils avaient de la marge, à condition de ne pas la dépenser entièrement à contempler le poinçon.

Ils mangèrent à l’ombre de la première arche. Joss examina sa carte et reconnut enfin l’étrange portique de la veille, indiqué comme une autre formation sur la bordure occidentale. L’attache métallique découverte là-bas pouvait provenir d’un ancien aménagement sans rapport avec leur course. Il n’avait plus besoin de savoir exactement lequel pour reprendre la route.

Au moment de repartir, ils croisèrent Vika et son partenaire. Elle vit leur carnet ouvert, le numéro marqué et le sourire de Mara.

— Alors ? demanda-t-elle à Joss.

Il désigna Mara.

— Demande à notre guide.

Vika lui donna une tape légère sur l’épaule en passant. Il ne chercha pas à transformer ce geste en réconciliation complète. Il ramassa son sac, grimaça parce qu’une bretelle avait tourné et demanda à Nadir de l’aider à la remettre. Le désert avait encore treize kilomètres de questions à leur poser.

8. La dent et les cailloux

Le chemin vers la Dent Rouge quittait les vallons encaissés pour rejoindre une succession de petits plateaux. La chaleur augmentait, mais une brise régulière circulait entre les reliefs. Mara avançait avec l’impression que ses chaussures avaient pris une taille de moins pendant le repas. À la pause suivante, elle les retira et vida encore du sable. Nadir avait un point douloureux au talon ; il s’en occupa avec ce qu’il avait prévu, pendant que Joss préparait les portions du déjeuner.

— Je n’ai rien mangé d’avance, annonça-t-il.

— On note la date, répondit Mara.

Ils repartirent plus lentement. Le terrain demandait de traverser plusieurs dépressions peu profondes. Dans l’une d’elles, des blocs masquaient l’autre bord et donnaient envie de remonter par le premier passage visible. Nadir les arrêta : ils devaient poursuivre sur le fond du creux jusqu’au coude, puis prendre la sortie suivante. Mara suivit son doigt sur la carte et confirma.

Joss attendit pendant qu’ils se mettaient d’accord. Ensuite il proposa de porter une petite part du matériel de Nadir, dont le talon commençait à modifier la démarche. Ils répartirent la charge et ajustèrent le rythme. Nadir protesta d’abord, puis leur confia ce qui pouvait être déplacé facilement. La discussion dura moins longtemps que le réglage des sangles.

La Dent Rouge apparut vers treize heures, étroite et inclinée au-dessus d’une dalle claire. Le contrôle se trouvait à sa base, à côté d’un abri bas où un bénévole s’était installé. Il vérifia leurs trois présences, marqua le carnet et demanda comment ils se sentaient avant le retour. Nadir répondit franchement pour son talon. Ils firent le point sur la marche restante et gardèrent la possibilité de s’arrêter au point d’assistance indiqué sur l’itinéraire.

Mara regarda les trois marques désormais complètes. Puits Sec, Arche Fendue, Dent Rouge. Elle referma le carnet avant d’imaginer l’arrivée : il fallait encore marcher.

En quittant l’abri, Joss glissa sur une dalle et se retrouva assis sans élégance. Son sac amortit une partie du mouvement. Il resta immobile une seconde, plus surpris qu’atteint, puis leva les yeux vers eux.

— Je vérifiais le sol.

— Résultat ? demanda Nadir.

— Sol présent.

Mara rit assez longtemps pour devoir attendre avant de boire. Joss se releva, prit quelques pas pour vérifier qu’il allait bien, puis reprit sa place à l’arrière. Aucun d’eux ne voulut compter cette pause dans le classement.

9. Les derniers huit kilomètres

Le retour suivait une large courbe vers le sud-ouest. La grande table rocheuse restait maintenant derrière eux, puis à droite lorsqu’ils retrouvaient la plaine du départ. Des traces de roues apparaissaient par endroits, liées aux passages de l’organisation. Ils gardèrent leur itinéraire au lieu de supposer que chaque trace ramenait au bon endroit.

La fatigue changea progressivement leur conversation. Les phrases devinrent courtes. On demandait de l’eau, une pause, la distance jusqu’au prochain repère. Nadir avançait avec une attention serrée, choisissant ses appuis pour ménager son talon. Mara comptait parfois ses pas sans le vouloir, puis perdait le nombre et en éprouvait un petit soulagement. Joss consultait l’heure, annonçait les arrêts prévus et se taisait entre les deux.

À quinze heures trente, ils atteignirent le point d’assistance, un véhicule garé près d’une intersection reconnue sur leur carte. Ils s’y arrêtèrent, donnèrent leur état et leur parcours. Nadir fit examiner son pied. Après ce temps de repos, il se sentit capable de poursuivre la portion restante en marchant tranquillement. L’équipe les laissa repartir avec les consignes convenues. Le camp se trouvait encore à quelques kilomètres, sur un terrain plus simple.

Vika les rejoignit un peu plus loin. Son partenaire avait aussi ralenti. Les deux équipes marchèrent ensemble quelques minutes. Ils discutèrent de ce qu’ils mangeraient à l’arrivée, sujet sur lequel chacun possédait des opinions immédiates et passionnées.

Vika proposa une soupe. Joss réclama quelque chose qui exige une assiette. Nadir annonça qu’il accepterait même un plat servi dans sa chaussure, à condition qu’on lui laisse ensuite le droit de la jeter.

La première toile du camp apparut après une légère montée. Mara la vit sans réussir à croire qu’elle se trouvait vraiment là. Le groupe électrogène se fit entendre, fidèle à sa réputation. Elle reconnut un drapeau, un véhicule, puis Éline qui attendait près de la ligne.

Le partenaire de Vika accéléra un peu. Elle le suivit après un regard vers les trois autres. Joss fit un mouvement, puis s’arrêta à hauteur de Nadir. Mara le vit, mais n’en dit rien. Elle avait besoin de son souffle pour les derniers mètres.

Ils franchirent la ligne à seize heures quarante-deux, tous les trois. Éline prit le carnet, vérifia les contrôles et annonça leur arrivée complète. Joss leva les bras, grimaça sous les sangles et les baissa aussitôt.

Mara s’assit directement dans la poussière. Le camp avait des chaises. Elle les utiliserait plus tard.

10. Troisièmes, et affamés

Ils terminèrent troisièmes des six équipes engagées. Vika et son partenaire étaient deuxièmes ; une équipe partie vers la Dent Rouge dès le premier matin avait remporté l’épreuve avec un itinéraire plus régulier. Joss regarda le classement, calcula quelque chose, puis renonça à présenter la victoire qu’ils auraient obtenue dans une autre version des deux jours.

Nadir avait retiré ses chaussures et posé ses pieds sur un sac. Un membre de l’équipe d’assistance lui avait donné les indications adaptées pour la suite. Il tenait un bol de soupe, malgré sa promesse d’accepter n’importe quel récipient. Mara s’installa près de lui avec deux morceaux de pain et trouva qu’ils avaient un goût extraordinairement précis.

Éline leur remit une petite médaille d’équipe et leur rendit le carnet marqué aux trois contrôles. Joss voulut aussitôt regarder la perforation de l’arche, qu’il avait à peine vue sur place. Mara lui passa le carnet. Il suivit les marques du pouce, puis le tendit à Nadir, qui avait posé son bol entre ses pieds pour garder les deux mains libres. La couverture était salie de poussière et légèrement tordue.

Joss alla parler à Vika près des véhicules. Mara le vit désigner le nord, puis le passage du bas. Il parlait avec les mains, évidemment. Vika l’écouta, répondit quelque chose et éclata de rire. Lorsqu’il revint, il demanda si quelqu’un voulait encore de la soupe avant qu’on range la marmite. Il était déjà allé chercher une louche.

Ils passèrent une dernière nuit au camp avant le départ des transports prévus le lendemain. Mara s’allongea tôt, persuadée de dormir aussitôt. Elle sentit pourtant ses jambes continuer la marche sous la toile. Les vallons revenaient quand elle fermait les yeux : le faux portique, la selle, la pierre basse devant l’arche, la courbe du retour.

Nadir remua dans son sac de couchage et demanda si elle dormait. Elle répondit non. Il lui avoua qu’au départ, lorsqu’on lui avait donné le rôle de vérifier la carte, il avait pensé que personne ne l’écouterait vraiment. Mara lui dit qu’il les avait arrêtés au bon endroit dans la dernière dépression. Il répondit qu’il savait. Sa satisfaction tranquille la fit sourire dans le noir.

Au matin, Joss prépara les sacs sans ouvrir celui de Nadir. Il demanda où ranger la médaille. Mara la fixa à la bande rouge portant leurs trois prénoms, puis glissa l’ensemble dans la pochette du carnet.

Le moteur du transport démarra. Elle se retourna une dernière fois vers la table rocheuse. Depuis le camp, l’Arche Fendue était entièrement invisible. Elle trouva cela plaisant : quelque part derrière la masse de pierre, un endroit continuait d’exister, et désormais elle savait y aller.

Fin

Encore un peu d’ailleurs ?

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